Faut qu’on se parle de la (vraie) diversité corporelle…




Depuis quelques années, la diversité corporelle n’est plus un obscur hashtag sur les comptes de médias sociaux d’une poignée de militant(e)s. C’est désormais mainstream. Avec la percée d’Ashley Graham, l’expression « diversité corporelle » (en anglais « body positive » ; aussi appelé « BodyPosi » ou « BoPo ») est devenue… un buzzword.

Buzzword qui semble (malheureusement) avoir perdu beaucoup de son sens. Et de son inclusivité.

La « body positivity » est l’acceptation et l’appréciation de tous les types de corps. C’est un mouvement social qui s’inspire du principe que tous les humains devraient avoir une image positive de leur corps et qu’ils devraient accepter leur propre corps ainsi que celui des autres. Le mouvement met aussi de l’avant que la beauté est une notion construite socialement et que celle-ci ne devrait pas influer sur la capacité individuelle à avoir confiance en soi ou à reconnaître sa propre valeur.
(Traduction libre – source)

Le sens de l’expression « diversité corporelle » s’est en quelque sorte perdu lorsque l’expression est devenue l’apanage quasi-exclusif des femmes blanches, légèrement plus curvy que la moyenne (mais pas vraiment « grosses » à proprement parler), toujours parfaitement proportionnées et – disons-le – incroyablement belles. (Des femmes comme Ashley Graham, par exemple.)

Trop souvent, on tombe sur des marques qui se disent « body positive ». Mais lorsqu’on jette un coup d’oeil aux tailles, celles-ci s’arrêtent à XL. Ceci n’est pas de la diversité corporelle. C’est plutôt une façon de rejoindre un peu plus de personnes dont la taille demeure dans les limites du « socialement acceptable ». Un subterfuge utilisé dans le but de surfer sur la vague « body positive » qui est particulièrement cool et bien vue en ce moment. (Et ça marche trop souvent.)

Au cours des derniers mois, j’ai constaté de trop nombreux cas où l’expression « diversité corporelle » semblait utilisée de façon à créer le buzz, mais dans des contextes beaucoup trop restreints. (Ou pas assez inclusifs, selon le cas.) Et ça me dérange vraiment que l’expression semble être en train de complètement se dénaturer.

Mais je me permets ce rappel important.

La diversité corporelle, ce n’est pas qu’une affaire de belles femmes blanches proportionnées et à la silhouette socialement acceptable…


… c’est pour tous (toutes) les gros(ses).

Les gens qui sont « presque pas gros(ses) » (small fat). Et les « très gros(ses) » (super fat). Et tous les « types » de grosses personnes entre les deux. Ça inclut aussi toutes les silhouettes : pomme, poire, sablier… et toutes les autres appellations possibles et imaginables (y’en a juste trop !). Comme la blogueuse québécoise Dix Octobre m’a dit récemment, alors qu’on jasait du sujet : « Mon body type et le tien sont INVISIBLES [dans cette diversité corporelle « incomplète »]. » 

Et ça ne devrait pas être le cas.


… c’est pour les personnes de toutes les origines.

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Les personnes noires, autochtones, latinos, asiatiques, arabes, métissées… Toutes les origines et groupes ethniques qui existent et que vous pouvez imaginer font partie de la diversité corporelle. Pourquoi ? Parce que, comme les gros(ses), ces personnes sont aussi sous-représentées.


… c’est pour les personnes vivant avec un handicap ou une (des) affection(s) qui a un effet sur leur corps.

Il y a trop peu de mannequins en fauteuil roulant, en béquilles. Combien de campagnes mainstream ont mis en vedette des personnes vivant avec un membre en moins, que ce soit dû à une malformation ou une amputation ? Les personnes vivant avec des cicatrices majeures ? Certes, il y a bien eu quelques cas de mannequins vivant avec le vitiligo ou le syndrome de Down… Mais il est sain de se questionner sur la part de bonne foi, et surtout sur la valeur marketing, de ces choix.

Rappel : les handicaps / affections ne sont pas tous visibles et/ou permanents.

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… c’est pour les hommes aussi.

De plus en plus, les hommes font état de la pression qu’ils vivent eux aussi d’avoir un corps musclé et ferme comme dans les pubs de boxers. Bien que cette pression se vit souvent différemment chez les femmes (diètes extrêmes, chirurgie plastique, etc.) et chez les hommes (sur-entraînement, dysmorphie, etc.), il n’en demeure pas moins que la pression est là. Et qu’elle peut faire des dommages sérieux chez les hommes aussi. (D’ailleurs, les diagnostics de troubles alimentaires chez le sexe masculin ont d’ailleurs augmenté au cours des dernières années, une affection qui était surtout diagnostiquée chez les femmes auparavant…)


… c’est pour les personnes de toutes les orientations et expressions de genre.

Les personnes transgenres, en transition, non-binaire, gender-fluid,  gaies, queer font toutes partie de la diversité corporelle. Les membres de la communauté LGBTQIA2+ qui ne sont pas associées à l’un ou l’autre des stéréotypes / clichés connus de leur communauté sont aussi souvent oubliés.

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… c’est aussi pour les minces.

Parce qu’être mince ne veut pas automatiquement dire qu’on a un corps qui s’aligne avec les standards véhiculés. Il y a des gens très grands. Et d’autres qui sont très petits. Comme indiqué auparavant, les gens minces peuvent vivre avec un tas de choses qui affectent leur corps. Qui les rends « imparfaits », du moins, selon les normes actuelles.

On a qu’à penser aux personnes plus âgées. (Épargnez-moi Christy Turlington et Christie Brinkley.) Les personnes (plus) âgées – et leurs corps – sont quasi-invisibles. Une fois que le temps a laissé sa trace, tout d’un coup, le corps devient beaucoup moins « intéressant » pour l’industrie. Rides, cheveux gris, peau qui a pris de l’âge… tout ça ne vend pas. (À l’exception peut-être de certains hommes grisonnants de type silver fox, mais là, on tombe dans un autre débat…)

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Important : la diversité corporelle, c’est beaucoup plus que ces quelques groupes que j’ai évoqué précédemment. (Mes excuses à toutes les personnes non représentées dans ces groupes.) Mon but premier est de dénoncer le fait que l’expression « diversité corporelle » a été détournée de son sens original. Et de souligner que l’appropriation de l’expression – et du vocabulaire body positive – par une petite partie des personnes représentées par la diversité corporelle est un manque de respect pour les autres groupes qui en font aussi partie.


La diversité corporelle, c’est une appellation « générique »…

… qui inclut BEAUCOUP de monde. Mais la représentation actuelle qu’on nous en fait n’est trop souvent que la pointe de l’iceberg ! Et, comme dans le cas d’un vrai iceberg, l’essentiel de « l’iceberg de la diversité corporelle » est caché. Submergé. Beaucoup trop des gens qui en font partie sont ignorés, alors qu’ils en sont partie intégrante. Et qu’ils méritent la place qui leur revient dans le mouvement body positive.

En résumé : la diversité corporelle n’est pas uniquement une question de femmes blanches avec des courbes parfaites représentant ce qui est DÉJÀ socialement acceptable (ou qui dévient si peu du « standard »). 

Certes, elles font partie de la diversité corporelle. (D’ailleurs, elles en sont sans doute l’exemple le plus facile à intégrer dans les médias de masse.) Mais le body positive, c’est tellement plus que ça ! Et c’est le message qu’il est essentiel de marteler, notamment à l’industrie. Mais aussi à tous ceux qui capitalisent sur cette diversité corporelle « incomplète » et non-inclusive.

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