« On ne naît pas grosse » : l’enfer, c’est les autres.




Depuis décembre 2017 que je promets de vous écrire quelques mots sur « On ne naît pas grosse », le livre coup de poing (et coup de gueule !) de Gabrielle Deydier… Eh bien, voilà, je m’y suis enfin mise !

Parue en juin 2017, cette plaquette a projeté son auteure dans les médias depuis maintenant plus de 8 mois sans que l’intérêt suscité ne semble faiblir. Cette bio-quête (biographie + enquête… j’ai inventé cette contraction pour l’occasion !), n’est pas la première aventure de rédaction de Deydier. On la connaît déjà comme la rédactrice en chef du webzine « Ginette Le Mag » depuis 2014. Il s’agit cependant de son premier ouvrage édité.


« On ne naît pas grosse… on le devient. »

Voilà ce que j’ai appris : on ne naît pas grosse. L’autodestruction débute par l’absence de rêves. […] J’ai dû batailler contre mes parents, contre mes profs, contre moi-même, et m’inventer des vies.
J’espère qu’un jour, nous les gros, nous mettrons fin à notre cavale.

« On ne naît pas grosse », c’est la présentation en parallèle de deux cas. D’un côté, des bouts de l’histoire de Deydier, de l’enfance à l’âge adulte. De l’autre, un portrait plus global de la situation des gros(ses) en France. (Ne vous inquiétez pas : on passe de l’un à l’autre sans confusion ou décrochage…)

En bout de ligne, l’alternance de l’un et l’autre finit par brosser un terrible tableau. Celui du portrait horriblement réaliste de l’ampleur de la grossophobie dans l’Hexagone. (Grossophobie qui m’apparaît encore plus cruellement socialement acceptée en France qu’ici, au Québec.)


D’abord un compte rendu…

Dans le cas de Deydier, la grossophobie attaquait de tous les côtés. La télé, la famille, le boulot, la rue, les professionnels de la santé… jusqu’aux inconnu(e)s des hostels parisiens ! (L’incident vécu par Deydier dans un dortoir d’auberge de jeunesse de la région parisienne m’a particulièrement marquée, comme j’ai adopté ce type d’établissement comme hébergement lorsque je voyage…) Pas moyen de l’éviter, donc. À moins de vivre cloîtré(e), comme un(e) ermite. La disparition des gros(ses) Français(es) de la vie publique – et l’absence d’homme dans la lutte à la grossophobie – sont d’ailleurs des questions soulevées dans « On ne naît pas grosse« . Des questions qui, à défaut de pouvoir complètement y répondre, doivent être posées.

Comment se fait-il qu’en France, près de 10 millions de personnes disparaissent de l’espace public à cause de leur corpulence ?


Crédit photo : Éditions Goutte d’Or

… mais pas nécessairement de l’activisme.

Du moins, au départ. Gabrielle Deydier l’écrit en fin de bouquin : elle n’a jamais aspiré à se positionner comme militante de la lutte à la grossophobie, « en cheffe de file ou porte-parole de quelque mouvement que ce soit ». Mais on doit se rendre à l’évidence : elle incarne désormais, aux côtés des Daria Marx (Gras Politique) et autres Jes Baker (The Militant Baker), une des figures de proue de l’activisme anti-grossophobie.


Le débat se poursuit…

Certes, le pays des droits de l’homme a encore beaucoup de pain sur la planche pour éradiquer la grossophobie. Mais comme je l’ai déjà souligné, l’arrivée de ce bouquin a eu l’effet d’une onde de choc en France. « On ne naît pas grosse » a déjà suscité de nombreux débats et réactions, sur une variété de plateformes (particulièrement dans les médias traditionnels & sociaux). Le sujet de la grossophobie continue d’alimenter les discussions et les débats.

Malheureusement, dans ces débats, on retrouve encore trop souvent de haine et de mépris envers les gros(ses). C’est d’ailleurs particulièrement intense sur Internet. Cherchez un article quelconque dépeignant une femme ronde sous un éclairage positif, et c’est immanquable, les trolls grossophobes débarquent. Anonymes. Vicieux. Ou se disant (faussement) concernés et outrés, prétextant une préoccupation quelconque pour la santé des dodu(e)s.

La seule bonne nouvelle dans cette déferlante d’attaques sur le web ? On n’a plus besoin de démontrer l’intolérance. Parce qu’on la voit désormais. Elle est bien là. Rampante et sans visage, elle court les hashtags liés à la lutte à la grossophobie et au fat-acceptance. Sous le couvert de profils anonymes et bidons. Constamment en quête de clics et de visibilité avec des messages plus irréfléchis et méprisants les uns que les autres.


Révolution française ?

« On ne naît pas grosse » a permis de mettre un visage sur ces gros(ses) qui sont disparu(e)s de la sphère publique française. Et a forcé au moins une d’entre eux à l’avant-plan.

Espérons que ce qui pourrait être une nouvelle « révolution française » saura s’étendre au-delà des frontières du pays de Victor Hugo. Pour dénoncer le sort de trop nombreux… misérables.


« On ne naît pas grosse »
Gabrielle Deydier

(Éditions Goutte d’Or, 2017 – 160 pages)

Disponible en ligne & en magasin (France & Québec)

 




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